AUTORISATION

DE

COURIR !


Je n’y croyais plus ...

Lorsque Anthony (voir l’interview), mon médecin du sport prononça ces 3 mots, quelques larmes coulèrent sur mon visage …
Je m’imaginais ne plus pouvoir courir, 6 mois sans parcourir le moindre mètre, c’est terrible quand on a l’habitude de courir tous les jours.
Ce fut très très difficile à gérer, comme un drogué accro à son truc, en manque, sans repère, le regard dans le vide je n’étais plus moi …
Seules les personnes qui ont couru de longues distances comprennent et ressentent cela.

Lundi matin, 8h30, j’enfile mes baskets, pas pour 20 kilomètres, justes pour 2 ou 3 …
De l’air, de la lumière, de la liberté et la sublime sensation d’être vivant! bien vivant, que du bonheur!

En attendant de courir jusqu’à Athènes en juin 2010, je vais me préparer pour courir les 100 kms de MILLAU en septembre.

Le défi AUBAGNE ATHENES est en pleine construction, sur le site vous découvrirez très rapidement les 32 étapes qui nous mènerons à l’Acropole, en Grèce, en Juin 2010.
Reste à trouver les partenaires pour boucler le budget (pas facile en ce moment !).
Ludo travaille en ce moment pour mettre en ligne un service de paiement PAYPAL pour acheter les tee– shirts, casquettes, et autres gadgets, et aussi faire un don à notre association « Du rêve au défi » pour nous aider à financer cette course.

Je vous laisse découvrir l’interview d’Anthony, mon médecin du sport, un toubib à part, et évidemment très bien puisqu’il croit en moi (humour!) Merci encore pour votre soutien!

 

Christophe.

Question 1 :
Salut Anthony, depuis son périple de Paris, tu suis avec attention Christophe, peux-tu nous expliquer ton parcours dans le milieu médical et sportif ?
Le sport a toujours été très présent dans ma vie : karaté pendant une dizaine d’années, volley-ball en U.N.S.S puis avec l’équipe universitaire.
En ce qui concerne la médecine, le parcours a été long ! Les six années d’études, puis un internat hospitalier de médecine générale de trois ans et demie, tourné surtout vers la médecine d’urgence. C’est par mon attirance pour la traumatologie et l’orthopédie que je me suis ensuite tourné vers la médecine du sport. La faculté de médecine de Marseille propose formation en médecine du sport de très bonne qualité qui vient se rajouter à la formation médicale conventionnelle.
C’est vraiment au cours de cette formation que j’ai pu prendre conscience de la réelle importance d’une formation spécifique en médecine du sport. J’appréhende depuis les blessures très différemment et de manière beaucoup plus proche de l’attente d’un sportif.
J’ai intégré alors l’équipe médicale fédérale de la ligue de Provence de Karaté et en même temps je commençais à couvrir certains évènements sportifs comme notamment les étapes françaises du FIVB Beach Volley World Tour, que je médicalise toujours d’ailleurs avec beaucoup de plaisir. Les évènements sportif professionnels internationaux sont une mine d’or pour un médecin curieux et passionné comme moi, on y fait toujours des rencontres inoubliables tant sur le plan médical/paramédical, humain ou sportif.
Récemment, je viens de prendre en charge l’équipe Élite de Water Polo du Cercle des Nageurs de Marseille, c’est un splendide défi pour moi. Cette équipe a été 30 fois championne de France et évolue en compétition européenne.

Questions 2 :
Anthony, Christophe ne court plus depuis maintenant depuis 4 mois. De quoi souffre t-il exactement ?

Christophe souffre d’une pathologie très courante appelée « enthésopathie » ou plus couramment « tendinite ».
La sienne est située au niveau de l’insertion d’un des tendons du muscle de la cuisse sur son bassin. Ce même muscle de la cuisse nous sert à, tout d’abord tendre la jambe, mais surtout ramener la cuisse sur l’abdomen. Ce genre de pathologie arrive très fréquemment chez les sportifs. Le mécanisme est « micro-traumatique » ça veut dire que la lésion finale a été créée par une multitude de petite lésions du tendon acquise au fil du temps. En ce qui concerne Christophe c’est au cours de la course le menant d’Aubagne à Paris qu’il s’est créé cette tendinite. Une sur-utilisation, un manque d’étirements et souvent un manque d’hydratation sont des facteurs de risques important de ce genre de pathologie. Cette blessure n’est pas « grave » mais elle est très longue à guérir donc très handicapante pour son activité de coureur de fond nécessitant un entrainement régulier. L’amélioration rapide de la douleur dans les premiers temps est un piège qui entraine souvent une reprise de l’entrainement trop rapide et peut repousser la guérison de quelques mois voire indéfiniment.

Question 3 :
Lui qui court en moyenne 200 kms par semaine psychologiquement cela doit être difficile ! Comment prend–il cette blessure ? Christophe c’est un « coureur de tête », tu as dû être drôlement convaincant pour qu’il accepte de rester aussi longtemps sans courir ?

Dans les premiers temps, Christophe a essayé (sans m’en parler) de reprendre le sport. Je l’ai croisé un matin en train de faire du vélo alors que je lui avais demandé trois jours auparavant de rester au repos strict. Ca pourrait paraitre déconcertant pour plus d’un, mais il faut alors faire preuve d’énormément de compréhension et surtout ne pas rentrer dans un modèle de prise en charge qui soit calqué sur un rapport parental et autoritaire. Ou alors vous êtes sure que le sportif ira consulter quelqu’un d’autre. Au contraire, je l’ai laissé faire l’expérience par lui-même et il est venu, comme je l’imaginais, me revoir 2 semaines plus tard parce qu’il souffrait encore. Il m’a alors avoué qu’il avait repris le sport et je lui ai dit «  ok, on va y arriver quand même, mais ça va prendre plus de temps… Ce n’est pas un soucis pour moi». Je l’ai simplement et inconsciemment responsabilisé sur sa part du marché dans notre relation « médecin-patient ». Je pense aussi que Christophe a vraiment gagné en maturité au niveau sportif, il arrive mieux à tempérer ses pulsions sportives. Mais effectivement, c’est un « coureur de tête » et je lui rappelle souvent qu’il faut malgré tout, respecter son corps parce que c’est lui qui tient sa tête !
On ne peut pas blâmer un sportif de vouloir faire du sport, c’est tellement addictif. Il faut juste arriver à lui faire découvrir par lui même l’intérêt qu’il a à nous écouter et faire ce qu’on lui conseille. Parce que dans la majeure partie des cas, quand les sportifs font ce qu’on leur demande, le traitement est efficace.

Question 4 :
À quand estime tu qu’il pourra retrottiner ?
Le dernier traitement que nous avons mis en place semble porter ses fruits et Christophe pourra reprendre les baskets bientôt. Mon travail va être de savoir reconnaitre le moment précis où je vais lui laisser le feu vert.
Trottiner ? Ce n’est pas le problème. Mon objectif est de remettre sur pied Christophe a son meilleur niveau, voire plus encore du fait de son expérience acquise et de ce repos qui lui a permis de prendre du recul sur sa pratique de la course.
Christophe a un objectif à court terme, et c’est le plus important, c’est de pouvoir courir le Marathon de Marseille. On travaillera dur dans ce sens mais il ne faudrait pas se précipiter pour ne pas mettre par terre tout ces mois de repos.

Question 5 :
Beaucoup de médecins pensent que c’est inhumain ce qu’il fait et envisage de faire, certain y voit même de la folie et du masochisme, qu’en pense tu Anthony ? Courir 75 kms par jour, SANS AUCUN JOUR DE REPOS jusqu’en AUSTRALIE, est-ce possible ?
En théorie, c’est réalisable physiologiquement, à condition que l’adaptation se fasse graduellement.
Le problème le plus difficile à surmonter c’est le fait que l’homme d’aujourd’hui est le fruit d’une évolution de milliers d’années. Et qu’au fur et à mesure des générations, nous avons perdu notre faculté à résister au milieu extérieur tout seul et nous avons perdu la capacité de nous déplacer par nos propres moyens physiques sur de longues distances.
Par un entrainement relativement court voire insignifiant à l’échelle de l’évolution humaine, Christophe veut réadapter son corps. Ce qui très logiquement semble complètement saugrenu à beaucoup de gens, les médecins en faisant partie.
En pratique, je vous direz que je ferai tout mon possible pour rendre ce périple réalisable. En essayant de prévoir et de prévenir le maximum de facteurs physiologiques néfastes pouvant entraver son parcours.
Alors oui c’est réalisable mais pas sans entrainement, sans prévention et sans étude scrupuleuse de ce challenge.

Question 6 :
Avec l’équipe, nous sommes très étonnés que Christophe est accepté de se faire suivre par un médecin du sport, beaucoup l’on déçu, découragé, il doit vraiment te faire confiance ! Comment as-tu fait pour convaincre notre coureur de se faire suivre médicalement alors qu’il a toujours refusé auparavant ?
(Rires) Vous voulez vraiment savoir ? Je crois qu’en fait de tous les médecins qu’il ait vu, je suis le seul qui ne lui pas dit qu’il était complètement fou !
En fait Christophe m’a été envoyé par son épouse, qui pensait que Christophe nécessitait un suivi particulier du fait de sa pratique du sport assez atypique, et elle avait totalement raison.
Donc je l’ai vu une première fois, il m’a expliqué avec la passion qui lui est propre ce qu’il voulait accomplir et je me suis dit que Christophe méritait que je l’aide dans son « Odyssée ».
Ensuite, vous savez, je pense qu’il est passé quelque chose de spécial entre Christophe et moi. On a très vite sympathisé.  C’est quelqu’un de très respectueux, d’entier, d’honnête et de têtu. Ces qualités sont exactement celles que je respecte plus que tout. On a découvert par la suite qu’on avait beaucoup de choses en commun, comme notamment la plongée sous-marine.

Questions 7 :
Je crois que tu es ceinture noire de Karaté ? Christophe, nous a avoué qu’il aimerait t’avoir à ces côtés pour les 100 kms de Millau en septembre prochain, prêt à  le suivre 100 kms en vélo ?
Effectivement cette course à l’air fantastique et très sincèrement je ne dis jamais non à une occasion de découvrir des évènements sportifs.  Maintenant, je ne pense pas pouvoir aujourd’hui  tenir 100 km en vélo, même si je m’entretiens physiquement, je n’y suis pas préparé.  Mais je vais m’entrainer pendant les mois à venir et je serai très volontiers à ces cotés pour cette course.

Questions 8 :
Même si c’était prévu, Christophe a beaucoup souffert en courant jusqu'à Paris, on l’a vu pleurer, saigner, hurler,  et pourtant il y est arrivé avec son mental d’acier et sa capacité à se relever quand il était à terre faut le vivre pour comprendre tant cela peux paraitre incroyable de courir autant ! Toi-même tu l’as récupéré dans un sal état, très fatigué, blessé,  vidé ! A ton avis, pourquoi il fait cela ? Dans quel but ?
Tout simplement pour pouvoir se dire : « je l’ai fait »
Cette motivation est indéfinissable, elle est très loin de toute motivation financière ou médiatique. Christophe se lance des défis à lui-même. Il se prouve à lui-même qu’il peut arriver à faire quelque chose qui semble complètement irréalisable. Peut-être un pied de nez à la Vie qui nous impose arbitrairement des limites et que nous subissons tous passivement.
Christophe sait qu’il peut réussir alors il se surpasse, il s’en donne les moyens. Forcement il le paye de sa personne parce qu’il n’y a pas que l’esprit, il faut aussi savoir être à l’écoute de son corps. C’est sur ce dernier point que nous allons orienter notre travail : que Christophe connaisse mieux son corps, sache comprendre les messages qu’il lui envoi et sache garder un équilibre entre d’un coté son mental qui le pousse toujours plus loin et son corps qui, plus terre à terre, souffre de l’effort physique extrême.

Un mot pour la fin ?
C’est un travail extrêmement enrichissant que de travailler avec Christophe, et c’est exactement comme ça que j’envisage mon travail de médecin du sport. Je lui donne des outils pour qu’il accomplisse ses défis en sécurité et je suis aussi là pour le comprendre pourquoi il se blesse et quel va être le meilleur moyen de le faire récupérer pour retourner à son top niveau.  Je pense que le couple sportif-médecin du sport doit être une entité à part entière. Une entité basée sur la confiance, le respect, la compréhension et le professionnalisme.

Anthony Calvo

 

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